Toisés de leur vivant par une grande partie de l'intelligentsia critique qui se plait maintenant à les réhabiliter, certains grands créateurs du cinéma populaire rétintègrent lentement, la place qu'ils ont toujours méritée. Riccardo Freda (1909-1999) est donc de ceux-là. Victime d'un certain mépris qui ne le fit pas rentrer au "panthéon" des auteurs glorifiés, regardé encore aujourd'hui avec une certaine ironie ou circonspection, Freda est pourtant l'un des monuments du cinéma de quartier, à la fois modeste et novateur  et son oeuvre mérite amplement d'être redécouverte.

La rétrospective Riccardo Freda se tient actuellement à la cinémathèque jusqu'au 1er Août 2010, est donc l'occasion de se plonger dans la filmographie d'un véritable artisan du genre populaire, créateur à la fois modeste et passionnant, au même titre que Mario Bava, même s'il fut probablement plus classique dans sa forme, plus respectueux des règles du genre et moins expérimental. Il est difficile de ne pas comparer le parcours de Freda à celui de Bava avec qui il travaillera sur deux films (Caltiki et Les Vampires que Bava terminera lorsque Freda quittera le tournage) , tant il semble proche de celui du poète macabre que fut Bava, capable de toucher à tous les genres et à faire évoluer son cinéma au fil du temps au point qu'on puisse parler de plusieurs Riccardo Freda.  Freda fut en effet tout autant capable d'aventures historiques comme Le Cavalier mystérieux dans les  années 50, que d'un giallo abracadabrant plus orienté vers le gore comme L'Iguane à la langue de feu (1971) en passant par le chef d'oeuvre de l'épouvante gothique qu'est L'Effroyable secret du professeur Hichcock (1962) et sa fausse suite El Spettro (1963)



Du sympathique péplum au XVIIe siècle (Maciste en enfer) au beau mélodrame (Roger la Honte), du western (Quand l'heure de la vengeance sonnera) à la fantaisie d'espionnage (Coplan ouvre le feu à Mexico) Freda touchera absolument à tous les genres avec une peut-être une prédilection pour la variation historique comme en témoignent Spartacus, L'aigle de Florence ou le très beau Theodora impératrice de Byzance. La particularité de Freda qui explique probablement la manière dont son cinéma s'élève bien au dessus de la mêlée et de la filmo d'autres cinéastes du bis, est probablement sa grande culture littéraire et artistique en général qui le fait élaborer toujours avec un grand souffle romanesque et feuilletonnesque, de très belles rêveries historiques, en ayant pleinement conscience des libertés qu'il prend avec la réalité, et d'injecter une recherche d'authenticité de la reconstitution qui n'était pas très courante dans ce type de production. Au sein de sa période à costumes, nous ne saurions que trop vous conseiller 7 épées pour le roi, l'un des meilleurs films de cape et d'épée jamais réalisés et sa superbe version de Béatrice Cenci, Le Château des amants maudits.
 

Son cinéma évolue au fil des décennies au point qu'on puisse déclarer qu'il existe plusieurs Riccardo Freda - au même titre que Bava - et c'est probablement dans la variété de ses formes, qui le fait passer allégrement du péplum au giallo, de la violence suggestive aux excès sanglants plus démonstratifs qu'il est si fascinant et déroutant. Loin de s'éteindre, à la fin de sa carrière (et c'est un autre point commun avec Bava), son inspiration plongera vers un univers plus torturé, plus sombre et sexualisé, sans pour autant renier la complexité et l'humanité de ses parcours héroïques, livrant en particulier deux oeuvres fantasmatiques et perverses immanquables pour comprendre toutes les tourments cachés du cinéaste : un Liz et Helen (A doppia faccia), incomparable mix pervers de gothique, de giallo et d'érotisme psychanalytique porté par l'interprétation survoltée de Klaus Kinski et le splendide trip onirique qu'est Tragic Ceremony (1972) aussi étonnant, mystérieux et poétique que l'est son titre original Estratti Dagli Archivi Segreti della polizia di una capitale europea (qu'on pourrait traduire par "Extraits des archives secrètes de la police d'une capitale européenne") avec la diaphane et émouvante Camille Keaton.

Cette rétrospective constitue purement et simplement l'événément de l'été. Nous vous engagerons à vous y précipiter dès maintenant.

Tout le programme est disponible sur le site de la cinémathèque française.